1 juin 2015

ARC USA: Leg #2 Bermuda - Newport,USA


Leg #2 ( Bermudes - Newport, USA )

La date de départ du deuxième leg des Bermudes vers les États-Unis a du être reportée d'une journée compte tenu de vents forts. Nous en avons donc profité pour se reposer un peu ce lundi là. Le mardi en avant-midi, il ne nous restait qu'à recevoir nos bouteilles de rhum "Gosling" hors taxes du bureau des douanes pour lever les voiles vers 1100.

L'expression lever les voiles est forte puisqu'en cette première journée de traversée, vent de face, courant contre nous, nous avons dû louvoyer, moteur en marche pour remonter vers Le nord. Cette première journée n'a pas été très encourageante pour les troupes.


Voici Tania Aebi et son équipage à bord du voilier Jo Jo Maria .




Voici  le voilier Mystic entre 2 vagues. Nous avons traversé l'Atlantique avec Don le printemps dernier lors de notre participation à l'ARC-Europe. Le père de Don était chiropraticien...nul besoin de dire que Dave et Don ont connecté dès leur première rencontre. ;-)


Lors de la deuxième journée, nous effectuons une requête de fichier grib ( météo ) avec notre téléphone satellite et on aperçoit un système qui semble vouloir se développer quand nous serons dans le Gulfstream dans quelques jours. C'est le genre de système que nous préfèrons ne pas rencontrer lorsque nous naviguons dans le Gulfstream, puisqu'il pourrait faire grimper les vagues de plusieurs mêtres. Nous espérons que le prochain fichier grib aura changé quant à ces prévisions.

Nous continuons notre route et tentons d'augmenter notre vitesse pour se donner la chance d'atteindre un passage dans le Gulfstream qui nous donnerait un courant de plus de 4 noeuds. Plus nous irons vite pour le traverser , plus nous aurons de chance de frapper ce système météo dans des eaux plus calmes, soit à l'extérieur du Gulfstream.... 

Sur cette carte, vous pouvez voir le courant qui fait un " U ". Notre ligne de foi passe directement dans ce " U " mais nous tenterons de capturer le courant favorable qui se dirige vers notre destination un peu plus à l'est....Quelle "rivière" attirante en plein océan pour filer a toute allure !


La deuxième journée se passe mieux. Notre vitesse a augmenté considérablement et nous avons à plusieurs reprises un courant avec nous.


Pendant la nuit de la 2e à la 3e journée,  les vents changent subitement de 90 degrés. Nous attendions un coup de vent avec le passage du front, mais rien de tel ne s'est produit. On effectue donc un virement de bord pour reprendre notre cap vers l'entrée de la " rivière" dans le Gulfstream. Nous sommes maintenant à environ 30 miles nautiques de ce passage du Gulfstream que nous avons choisi. Nous sommes dans la "grid" J. Pour les prévisions météo...continuez à lire plus bas et vous comprendrez...

Tout de suite après nos manoeuvres, nous décidons de mettre à jour notre fichier météo. Il est 0500 du matin. Un email entre dans notre boite de courriels nous avertissant d'une tempête qui se développe au large du Cap Hatteras et qui devrait croiser  notre route exactement quand nous serions dans le Gulfstream! Des vents pouvant atteindre 50 noeuds sont annoncés. Notre fichier météo n'indique pas de vents de cette force, mais nous devons reconsidérer notre route... Des vents de cette force, provenant du nord dans le Gulstream ne sont certainement pas souhaitables... Si jamais c'était vrai..

Voici les communications reçues via notre téléphone satellite qui ont influencées notre décision de faire demi tour:




Un équipage composé de deux adultes et deux enfants dans des conditions de tempête n'est certainement pas facilitant pour passer au travers cette dernière. Nous demandons l'avis de notre propre routeur "Jess" qui, depuis Montréal, nous recommande de changer notre cap et se diriger vers le sud. Selon-lui, c'est la seule option sécuritaire. Jess étant lui-même un marin accompli, nous prenons bonne note de sa recommandation. En nous dirigant plein sud, nous nous éloignerons de la plus grande partie des forts vents.

Rebrousser chemin veut dire que nous acceptons de perdre au moins 2 jours de navigation, pour revenir en direction des Bermudes. S'ajouter plus de 48 heures de millage, soit l'équivalent d'environ 300 miles nautiques sur une distance totale de cette traversée de 650 miles nautiques.... C'est dur sur le moral...cependant en plein Atlantique il n'y a pas de chance à prendre de notre côté...nous optons pour la sécurité de l'équipage. Nous ne prenons aucune chance et amorçons les manoeuvres pour un virement de bord avec un cap plein sud.



Cette décision de rebrousser chemin a été difficile à prendre et surtout à assumer pendant notre 3e journée. Le moral de l'équipage est bas mais nous savons très bien que cela est mieux que d'affronter 50 noueds avec des enfants à bord. Notre décision aurait-elle étée différente si nous étions seulement que des adultes à bord?...Peut-être...nous ne le saurons jamais....;-) Certains voiliers semblent conserver leur trajectoire...Nous avons un doute d'avoir pris la bonne décision.... Et si les systèmes n'était pas aussi forts que ceux qu'ils nous annoncent?
Nous devons nous redire souvent que les autres voiliers sont composés d'équipage de 4 à 5 adultes, prêts à s'alterner dans les manœuvres en tout temps, et qu'ils ont, contrairement à nous, certains équipiers qui doivent reprendre l'avion une fois rendus à terre en territoire américain, ... Ce qui influence possiblement leur décision...



À 1500 nous nous préparons pour subir des vents forts au cours des 24 prochaines heures. Nous installons à poste notre foc tempête sur le pont, prêt à être hissé quand le temps sera venu.

Vers 0200 du matin les vents commencent à se lever. À 0530, nous enroulons le génois et hissons le foc tempête puisque les vents soufflent maintenant à plus de 28 noeuds. Ils dureront ainsi (entre 25 et 35 noeuds) plus de 9 heures. Vers l'heure du midi, nous décidons de reprendre notre course vers le nord pour profiter de ces vents forts favorables avant qu'ils ne tombent. Nous espérons "surfer" avec ces vents et pouvoir récupérer un peu nos 130 miles nautiques perdus lors des derniers 30 heures.


Nous avons contemplé la possibilité de retourner aux Bermudes puisque nous ne sommes qu'à 150 miles nautiques de là.... Nous en aurions profité pour refaire le plein de diésel et de nourriture, mais nous perdrions encore deux autres journées avant de pouvoir traverser aux États-Unis. 

Nous résistons plutôt à la tentation de faire des heures moteur pour conserver le plus de diésel possible de ce qui nous reste soit la moitié de nos réserves du départ.  Nous avons aussi suffisamment de nourriture à bord pour étancher notre faim. Manger frais c'est super, cependant, manger des pâtes et des conserves ça n'a jamais fait mourir personne. ;)

Cette traversée de 650 miles nautiques "devait" prendre entre 4 et 5 jours de navigation...



Vers 2000, alors que je vais me coucher Dave regarde le film "A river runs through it" avec les filles dans le cockpit. Le voilier file à plus de 6 noeuds au près à 30 degrés du vent. C'est un beau moment pour eux.

Cette nuit, Rebecca fait un quart de minuit à 0200 pour nous laisser se reposer un peu. Il y a beaucoup de luminescence et elle l'inscrit au livre de bord.... C'est signe qu'elle a apprécié! ;)

Nous sommes maintenant au jour 5 à 1430 et n'avons pas encore rattrapé tous nos miles nautiques perdus sur notre route au moment où nous avons tourné de bord pour échapper à la tempête. Nous essayons de tirer avantage du vent et des courants pour les prochaines heures, puisqu'un système de haute pression devrait s'établir et nous apporter du temps très calme. À voile, ce n'est pas le genre de système qui nous fait avancer... ;(

Vers 0400 du matin, le vent tourne du nord-ouest au nord, changeant notre route plus vers le nord-est. Je vais réveiller Dave une demi-heure plus tard , une fois que les vents se sont établis. Nous prenons la décision de faire un virement de bord pour faire de l'ouest.

Demi vient me rejoindre vers 0630 pour voir le lever du soleil. Blotties ensemble dans le cockpit, jambes allongées, nous prenons un bon lait chaud au miel. On se dit alors, qu'on devra se remémorer ce moment précis quand nous serons de retour à la maison en regardant la télévision un dimanche matin avec le même breuvage à la main. ;)


Vers 1400, j'entends une simili panique à bord pendant mon sommeil. Le pilote nous a une fois de plus laissé tomber! Il est neuf!!! Nous sommes un peu découragés de devoir reprendre la barre 24/24. Nous reprenons notre horaire de quarts de 2 heures en alternance avec Rebecca jour et nuit. Il nous reste encore 2 ou 3 jours de navigation avant notre arrivée. Ce sera fatiguant... On relève nos manches. Nous devons faire face à la situation.

Malgré cette malchance, nous pouvons observer les beautés de la nature... Les " Portuguese Man-O-War" sont des créatures extraordinaires!


Les filles s'amusent à dessiner des objets qui leur fait penser à notre approche des côtes et les projettent sur le paysage.... Je crois qu'elles commencent à trouver ce voyage un peu long....


Il est 1730. Il vente plus que prévu, nous sommes contents. Nous effectuons un virement de bord pour se diriger maintenant vers le nord-est et l'entrée du Gulfstream où nous étions il y a 2 jours.




Nous entrons dans le Gulfstream à 0000. Le vent est d'une force de 10 à 18 noeuds au près (30 degrés). La mer un peu confuse, mais au moins, il y a un courant de 3,5 noeuds avec nous!  Cette "rivière" nous permettra de faire environ 125 miles nautiques à une vitesse beaucoup plus rapide. Nous avions heureusement bien repéré la position de la "rivière" sur notre carte électronique.  
On peut s'imaginer facilement que de prendre un tel courant en plein nez changerait complètement la situation! ;) Surtout avec un vent en plein visage. Nous nous sentons littéralement sur un tapis roulant! C'est super encourageant!


Le lever du soleil est superbe encore ce matin. 



Je prépare un excellent déjeuner composé d'un sandwich bagel, oeufs, fromage de Las Palmas, salade et bacon servi avec patates roties. Hummm! C'est un délice en pleine mer!

Nous commençons à croiser plusieurs cargos. C'est signe que la civilisation se rapproche de nous...


La journée est superbe sur ce tapis roulant. Le pilote automatique a reprit du service dans ces conditions presque parfaites. On en profite pour se reposer, bien manger et jouer aux cartes tous ensembles!

Lecture...


Apéro...


Nous commençons à sentir le fond de l'air plus frais du nord. On doit mettre nos vestes.... Il y a bien longtemps que nous n'avions pas fait ça!



Repos...


Jeux de cartes...






Demi nous prépare un potage de poulet au fromage de chèvre et épinards pour souper. C'est l'experte de cette sublime recette!




Les vents ont diminué en force d'heure en heure cette nuit. Nous avons dû faire voile et moteur à partir de 0330. 
À 0900, Dave regarde le niveau de diésel dans le réservoir. L'indicateur est "dans le rouge"! Nous nous empressons de transvider le contenus de 5 réservoirs de 20 litres dans le réservoir du voilier. Une heure plus tard, le travail est terminé. Nous avons maintenant une autonomie d'environ 25 heures de moteur tout au plus. Nous espérons que le vent augmentera suffisamment pour pouvoir étrangler à nouveau le moteur. Il nous reste encore 36 à 48 heures à naviguer d'ici à notre arrivée.

Cette nuit, nous pensons que c'est peut-être notre dernière que nous passerons à faire des quarts en mer et observer ce que la nature a à nous offrir. Malgré la fatigue des derniers jours, Dave et moi avons le coeur gros...
La bioluminescence, les reflets de la lune sur la mer, le calme qui nous entoure lorsque seuls dans le cockpit, les premières lueurs du jour, le soleil qui nous réchauffe la peau.... On s'imprègne des ces derniers moments au maximum...




Un bon café chaud aux premières lueurs du jour. 
Nous nous souviendrons toute notre vie de ces moments magiques...



Toute la journée, le vent est relativement calme. 

Nous croisons un bateau de pêche aux crabes. Il nous appelle sur le VHF et nous dit " Canadian Hey!" Nous discutons un moment avec lui de sa journée de pêche, de notre voyage autour de l'Atlantique.... On sent cette proximité avec ceux qui aiment, comme nous, la mer... Belle rencontre.;)


Durant la journée, nous recalculons constamment notre heure estimée d'arrivée et constatons que nous devrions arriver à la noirceur vers 0000. Nous préférons entrer de clarté dans un port que nous ne connaissons pas. 
Nous décidons alors de prendre 2 ris dans la grande voile et 3 ris dans le génois pour se ralentir afin d'arriver de clarté. À cette vitesse nous dormirons calmement et devrions arriver aux premières heures du matin à Newport.

À 2000, une belle surprise nous attend. Un banc de dauphins nous accueille dans ces eaux devenues beaucoup plus froides. L'eau est passée de 22.8 degrés Celsius à 10. 4 degrés Celsius en moins de 12 heures!!!

Voici un extrait de ce que l'on a vécu à la proue de Morning Haze! 

Regardez ce moment magique filmé à l'aide de notre Go Pro!


Cargos en vue! Terre en vue! Le monde réapparaît!




À 0630, nous entrons dans le port de Newport. Ici se trouve le berceau de l'America's Cup. Voici un exemple du type de voilier célèbre présent dans la baie...le Columbia.



En attendant les douanes et l'immigration, nous nous félicitons d'avoir atteint un de nos objectifs et d'avoir réalisé un rêve....soit celui de naviguer à voile autour de l'Atlantique en famille...

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